Conférence de Patrick S. D. McCartney
7 décembre, 10 h 00 (heure de Paris)
Acrobates de pole dance et yoga : liens historiques, rituels anciens, capacités surnaturelles et ordre cosmique
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi tant de postures de yoga ressemblent à d’anciennes positions acrobatiques ? Et avez-vous remarqué à quel point peu de recherches ont été consacrées à l’exploration de ces liens ? Qu’est-ce qui a motivé les premiers haṭhayogins à adopter les postures complexes et dynamiques des acrobates, en les intégrant à leurs propres répertoires performatifs et rituels ? Quel pouvoir symbolique les acrobates possédaient-ils qui en faisait des sources d’inspiration si puissantes, dépositaires à la fois de capacités terrestres et surnaturelles ?
De nombreuses cultures anciennes ont conservé des mythes sur la terreur qui s’abattrait si le ciel venait à s’effondrer, et sur l’importance sacrée du pilier qui « soutient le ciel ». Si la Terre Mère représente la vie, alors le Ciel Père représente l’ordre cosmique.
Le poteau de l’acrobate symbolisait l’arbre du monde, l’axis mundi qui relie le ciel et la terre et maintient l’ordre cosmique et la justice. Pendant des millénaires, les acrobates ont joué un rôle rituel important, en levant, en tournant et en escaladant des poteaux sacrés dans des spectacles qui étaient bien plus que de simples divertissements. Au fil du temps, ce poteau rituel externe a été intériorisé dans la pensée yogique comme l’axe spinal du yogi, le long duquel on croyait que circulaient des énergies subtiles.
Avant que les acrobates ne perdent leur statut social – devenant artistes de cirque, saltimbanques ou mendiants itinérants –, ils étaient considérés comme une sorte de magiciens, de sorciers ou de nécromanciens, spécialisés dans l’art de contourner les règles de la réalité. Les ascètes étaient eux aussi souvent décrits en des termes similaires. Les sources historiques montrent un chevauchement professionnel considérable entre les tribus acrobatiques médiévales et les communautés jogee, qui exécutaient des routines acrobatiques et des rituels lors de festivals agricoles et le long des routes de pèlerinage et de commerce, dont beaucoup ont ensuite été contrôlées par des guildes yogiques.
Cela nous amène au concept heuristique que j’appelle « le tournant du contorsionniste ». Prenons les qualités longtemps associées à l’ascétisme : entraînement rigoureux, discipline, maîtrise du corps, endurance, intrépidité et concentration totale face au danger. Pendant des millénaires, ces mêmes qualités ont été celles des acrobates, ces personnages qui faisaient lever les yeux du public vers le ciel. Ces capacités distinguaient les individus ordinaires des acrobates, qui semblaient surhumains. Au fil du temps, cependant, l’attitude envers le corps physique a changé. Plutôt que d’être considéré comme un obstacle à la libération, le corps a été réévalué comme le véhicule permettant d’atteindre la libération de son vivant.
Cela nous amène au concept heuristique que j’appelle « Le Tournant du Contorsionniste ». Prenons les qualités longtemps associées à l’ascétisme : entraînement rigoureux, discipline, maîtrise du corps, endurance, intrépidité et concentration totale face au danger. Pendant des millénaires, ces mêmes qualités ont été celles des acrobates, ces personnages qui faisaient lever les yeux du public vers le ciel. Ces capacités distinguaient les individus ordinaires des acrobates, qui semblaient surhumains. Au fil du temps, cependant, l’attitude envers le corps physique a changé. Plutôt que d’être considéré comme un obstacle à la libération, le corps a été réévalué comme le véhicule permettant d’atteindre la libération de son vivant.
Cette présentation retrace donc des millénaires de tentatives humaines visant à reconnecter la terre et le ciel, en s’appuyant sur des exemples issus de nombreuses cultures. À l’aide d’un matériel visuel complet, elle cherche à retrouver le pouvoir oublié de l’acrobate pour rétablir l’ordre cosmique, et nous invite à nous demander si cela pourrait être l’une des influences les plus durables et les plus profondément enracinées dans l’évolution de la pratique du yoga.
Patrick S. D. McCartney est Phoenix Fellow à la Faculté des Lettres de l’Université d’Hiroshima et titulaire d’un doctorat de la Australian National University (2016). Ses recherches interdisciplinaires établissent des passerelles entre l’archéologie, l’histoire de l’art, la philologie classique, la sociolinguistique, les sciences sociales computationnelles, la science politique et l’anthropologie culturelle et économique.
Il travaille aux frontières de la politique de l’imaginaire, de l’économie du désir, de la sociologie de la spiritualité et de l’anthropologie de la religion. Son intérêt constant porte sur l’exploration des biographies du sanskrit et du yoga, ainsi que sur leurs relations avec la théologie politique, la diplomatie concurrentielle, le tourisme, le *nation branding* et le développement fondé sur la foi.
Les travaux de McCartney se concentrent sur les traditions physiques et performatives de l’Asie du Sud — telles que la lutte, l’acrobatie et les spectacles de rue — et explorent leurs intersections complexes avec le tourisme transnational du yoga ainsi qu’avec les dynamiques sociolinguistiques des communautés « parlant sanskrit ».
McCartney ouvre également de nouvelles voies de recherche sur l’ethnohistoire mondiale des festivals agricoles — y compris les célébrations communautaires rituelles liées aux récoltes locales — et sur les trajectoires historiques de l’acrobatie sur perche, retraçant leur évolution depuis les contextes rituels de performance traditionnels, notamment l’art rupestre paléolithique, jusqu’aux rôles symboliques et performatifs modernes dans les contextes touristiques.
Après le paiement, vous recevrez un e-mail de confirmation à l’adresse fournie lors de l’inscription, contenant le lien Zoom de la conférence. Vous pourrez l’utiliser pour vous connecter le jour de la conférence, le 7 décembre, à 10 h 00 (heure de Paris).

