par Frédérique Hugot, élève en 3ème année de formation avec Marina Margherita (IFY)
12h15, une bonne dizaine de salariés se rassemblent peu à peu dans la salle des marchés d’une institution financière. Avec son parquet de chêne, sa cheminée de marbre et ses moulures au plafond, la salle des marchés pourrait accueillir une importante réunion ou une réception prestigieuse. Cela peut effectivement arriver occasionnellement, mais au quotidien, elle sert de cafétéria et aujourd’hui elle a été réservée sur l’initiative d’une des salariées ayant participé aux sessions de Mindfullness proposée par l’entreprise il y a environ deux ans. Depuis lors, ces personnes se rassemblent une fois par mois pour partager une pratique découverte ensemble, pour ne pas laisser retomber un élan initié par le stage offert par l’entreprise.
J’ai moi même bénéficié des sessions de Mindfullness et par ailleurs je suis une formation de professeur de yoga. C’est donc naturellement que j’ai pris en charge le guidage des mouvements au sein des séances de soutien de pratique organisées par les salariés.
Nous commençons souvent par une méditation en musique d’une dizaine de minutes, puis des mouvements guidés, une autre méditation guidée par une voix enregistrée pendant environ 20 minutes et pour conclure la lecture d’un poème ou d’un texte. La plupart des personnes se contentent de participer, certaines contribuent en proposant de nouveaux enregistrements, d’autres en lisant un texte de leur choix. Je prends en charge les mouvements guidés pendant environ 30 minutes.
J’ai commencé en reprenant les mouvements proposés lors des sessions de Mindfullness car les participants y étaient habitués. Puis j’ai introduit la synchronisation avec la respiration. Lorsque j’ai proposé de nouveaux mouvements comme le guerrier, le demi pont ou la pince, il a fallu des adaptations ou simplement dire que rien n’est obligatoire, car certaines personnes n’y arrivaient pas par manque de souplesse ou à cause des vêtements de bureau.
Le public de ces séances ne vient pas pour de la gymnastique mais pour retrouver une certaine harmonie. Ils sont donc assez réceptifs à des indications sur la respiration ou sur des points d’attention.
Les premières fois je me suis concentrée sur une indication (bavanah) commune à toute la séance permettant d’associer la respiration à un point d’attention sur le corps. Généralement ce point d’attention prenait la forme suivante : sur l’inspire créer un espace dans le haut du corps (gorge, clavicules, étaler les omoplates, ouvrir la cage thoracique) et sur l’expire prendre un appui dans le bas du corps (serrer le ventre, appui sur les pieds, sur le bassin). C’est d’ailleurs ce qui sous tend toujours la plupart des séances. Vous trouverez ci-dessous, un exemple d’une séance conduite au début.
Maintenant, je structure aussi la séance en fonction de la méditation qui va suivre.
La méditation est proposée sur un support enregistré et est choisie en accord avec une de mes collègues. Lorsque nous avons prévu la méditation du «souffle», j’ai introduit pour la première fois un pranayama en fin de séance. Lorsque nous avons choisi une méditation marchée, la séance a commencé au sol pour se redresser progressivement jusqu’à une marche synchronisée avec la respiration. Pour la méditation «du lac» (Jon Kabat Zinn) la séance était soutenue par des indications évoquant l’eau (surface, onde, reflet, flotter…). Vous trouverez ci-dessous l’exemple de la séance du lac.
Ponctuellement, j’ai introduit des enchaînements pour mobiliser la mémoire et la concentration. Ou au contraire des mouvements plus libres pour apporter un peu de décontraction ou changer de rythme.
J’aimerais maintenant amener le groupe à pratiquer plus à leur propre rythme ou en choisissant une option qui leur convient. En effet, les participants à ces séances manifestent un esprit très collectif, ce qui est très agréable, mais limite parfois leur pratique et leur prise de conscience individuelle. C’est peut être lié au contexte de l’entreprise ou peut être au profil des personnes intéressées par ces séances.
Même si après avoir pratiqué une posture une première fois ensemble, je leur propose de continuer au rythme de leur respiration, ils n’osent pas forcément se «désolidariser» du rythme du groupe, quitte à être essoufflé ou mal à l’aise.
Lorsque l’entreprise a initié les sessions de Mindfullness, les équipes étaient sous pression sur un gros projet stratégique, il fallait éviter les burn out et proposer quelque chose à ceux qui pensaient avoir besoin d’un soutien extérieur. C’était une initiative de l’entreprise au bénéfice du collectif.
Aujourd’hui, la poursuite de cette pratique, organisée par les salariés eux mêmes, s’inscrit dans une politique de bien être au travail qui comporte d’autres activités. La politique de l’entreprise a évolué et un des objectifs mis en avant cette année, c’est que les salariés apprécient d’y travailler «a great place to work». Les initiatives individuelles sont fortement encouragées.
Effectivement, tout le monde y gagne, les relations de travail sont apaisées. Cela change les rapports que l’on peut avoir avec ses collègues et permet aussi de rencontrer d’autres personnes, de sortir du cloisonnement de l’organisation. Pour certains c’est aussi tout simplement une ouverture sur autre chose. Cela peut insuffler un esprit plus créatif dans l’entreprise.

Séance du début
Séance du lac
1) Rotations sur les côtés, mouvements libres. Les bras relâchés suivent le
mouvement, comme pour créer une onde circulaire. Jambes et bassin sont
souples. Commencer doucement, accélérer progressivement, rester un moment au maximum, puis ralentir peu à peu jusqu’à l’arrêt. Puis, joindre les pieds, mains jointes sur la poitrine, yeux clos, l’onde s’estompe, retour du calme.
2) Cercles de bras, flexion avant, mouvements libres. Sur l’expire, descendre les bras sur les côtés, ramasser quelque chose (de l’eau) en bas. Sur l’inspire, remonter en croisant les mains, rejeter en l’air avec une suspension poumons pleins, si c’est confortable. Répéter plus ou moins rapidement selon envie.
3) Passer les bras sur les côtés. Sur l’inspire monter sur demi pointe. Sur l’expire, ralentir la descente comme si elle était freinée par la résistance de l’air…ou de l’eau.
4) Sur l’expire, descendre accroupi, la descente est freinée, tant que les poumons ne sont pas vides, comme lorsqu’on descend sous l’eau. Sur l’inspire, remontée vive, à la surface.
5) Enchainement du guerrier, en binôme face à face, en miroir. S’aider de l’autre comme si c’était son propre reflet.
6) Apanasana, avec rétention vide si c’est confortable. Puis enchainement avec une jambe fixe, ancrage dans le bassin et dans le ventre. L’autre jambe, mobile, effectue un cercle dans un sens, puis dans l’autre. L’articulation de la hanche est relâchée, la jambe flotte.
7) Cobra en soulevant bras et jambes opposés, comme une nage. Eloigner bras et jambe, s’étirer, comme pour atteindre l’autre rive.
8) Balasana, posture de l’enfant, puis se dresser sur les genoux.