This text was written for the Zinal Congress of the EUY in 2024

Prāṇa: Force de vie, essence vitale, souffle divin. Voilà trois bien jolies façons de te définir.

by Noëlle Milliat

Grâce au Haṭha-yoga et ses multiples enseignements nous apprenons à ressentir, nommer et comprendre ce concept. Grâce à une perception plus fine, plus subtile, au fil des années d’études et d’expériences du Yoga, notre compréhension de ce concept, ce terme manquant dans notre langue, devient comme une évidence. Il habite notre corps sensible, il vibre dans le corps subtil, et il est omniprésent dans l’espace de liberté infinie que nous offrent les dimensions méditatives.

Les Veda, plus précisément l’Atharva Veda, quatrième corpus des textes védiques, dédie un hymne à Prāṇa de 26 vers. Prāṇa y est personnifié et divinisé, c’est un véritable « hommage au souffle qui dispose de tout ce qui est, qui est devenu souverain de tout l’Univers, sur qui tout est fondé ! » (Atharva Veda Livre XI-4-1, traduction de Victor Henry, 1896)

On comprend alors que la traduction générale de Prāṇa par énergie est bien insuffisante. Mais essayons de définir ces formes d’énergie manifestée en reprenant comme base ce texte ancien difficile à dater, entre 1200 avant Jésus Christ et 1000 avant JC.

 

Prāṇa en tant qu’énergie individuelle.

Traduit par le mot Souffle dans cette traduction de V. Henry, Prāṇa est décrit ainsi « Il expire et inspire, l’Homme caché dans la matrice : c’est quand tu l’incites, Ô Souffle, qu’il renaît à la vie » (XI-4-14)

De notre naissance à notre mort, du premier au dernier souffle, Prāṇa est comme une empreinte témoin de la vie insufflée. Prāṇa est l’inspire et l’expire, Prāṇa rythme notre vie à travers le cycle continue de notre souffle, de notre respiration. Le Haṭha Yoga et ses multiples outils pratiques décrits dans des traités plus récents nous enseignent la maîtrise du souffle, Prāṇāyāmā. Autant de techniques ancestrales qui permettent d’augmenter la force vitale dans le corps du yogi, de la yogini et ensuite de la contenir pour ne plus la gaspiller, pour diminuer la consommation de cette énergie pranique. Les Kumbhaka, ou techniques de maîtrise de l’arrêt du souffle, en sont une parfaite illustration.

 

Prāṇa en tant qu’énergie cosmique.

Ainsi, nous autres apprentis Haṭha Yogin, nous honorons Prāṇa dans nos rituels de pratique, mais aussi et plus simplement nous célébrons Prāṇa dans la contemplation de la nature.

« Hommage, Ô Souffle, à ton fracas ! Hommage à ton tonnerre, ton éclair ! Hommage à ta pluie ! » (XI-4-2)

Prāṇa anime tout être vivant, il est présent en toute forme de vie, en nous et tout autour de nous. Grâce à Prāṇa tout prend vie, toutes les plantes et toutes les manifestations terrestres. Prāṇa est « le vent et la pluie ». Prāṇa réside également au-delà de notre échelle terrestre, c’est l’énergie cosmique qui sous-tend le mouvement parfait de l’Univers : Prāṇa est « le soleil et la lune » (XI-4-12)

Les grands Yogin savent magnifiquement unir l’énergie individuelle à l’énergie cosmique, par leur compréhension et expérience d’une source commune à leur énergie individuelle (microcosme) et à celle de l’univers (macrocosme). Cette source commune, qui les unit, c’est le Prāṇa sous sa forme divine.

 

Prāṇa en tant qu’énergie divine.

Qu’est-ce qui donne la vie ? Comment l’essence vitale est-elle insufflée ? Impossible de répondre scientifiquement. Appelons cela, cette non réponse rationnelle, le divin.

L’union (un des nombreux sens du mot sanskrit Yoga) du Prāṇa individuel au Prāṇa cosmique octroie ses incroyables pouvoirs aux grands Yogi. Comment ne pas voir à travers ces hommes saints l’expression d’une énergie divine ?

L’Atharva Veda personnifie et rend hommage à Prāṇa en tant que divinité en décrivant « Le souffle est Viraj (souverain), le Souffle est Deṣṭṛ (divinité féminine) ; Le Souffle est Prajāpati (seigneur des créatures). » (XI-4-12)

Dans cet hymne védique, Prāṇa est une entité divine qui représente à la fois la vie universelle, le soleil, toute forme de vie de notre environnement terrestre et l’essence de notre nature. Bien des siècles plus tard, les traités de Haṭha Yoga précisent les techniques de maîtrise du souffle (Prāṇāyāma) conduisant à l’union avec le divin, sous d’autres croyances telles que l’union de la force créatrice (Śakti) et de la Conscience pure (Śiva) pour offrir au Yogin le chemin de la libération, l’état d’union parfaite où Prāṇa n’est plus seulement l’énergie vitale de notre condition humaine mais bien la source divine du Soi, immuable, immanent et transcendant.

Sachons honorer cet héritage qui grâce à nos maîtres est parvenu jusqu’à nous et grâce à vous continuera de célébrer la force de vie.