Stabilité et Liberté (2015)

Le sens profond du yoga est de découvrir que le fait de se vivre comme une
conscience séparée dans un corps séparé et dans un monde d’objets séparés, est
une fausse croyance. Alors que la nature de Cela qui est en nous, du Voyant, est
« d’être conscient de ». Voir cette fausse croyance pour ce qu’elle est, c’est
la Réalisation (qualifiée de Solitude ou d’esseulement : kaivalyam).
Tant qu’il y a identification au personnage, tant que l’on est persuadé que l’on
est une personne séparée, le travail de « nettoyage » va à l’encontre de ce que
l’on cherche puisque cela ne fait que renforcer le sentiment d’être une personne
séparée qui essaie d’effacer quelque chose d’elle-même.
Elle cherche à l’extérieur, veut découvrir le puruṣa, commettant l’erreur de
transformer le sujet en objet. Souhaitant améliorer le « Je » problématique,
l’asmitā kleśa, en tentant de faire taire le mental, qui agit pourtant selon sa
fonction naturelle de sécrétion de la pensée, comme la glande salivaire sécrète
de la salive…

C’est pourquoi ce qui vient après les aphorismes 2 et 3 relève de la post-sādhanā.
Vouloir repasser les plis avant d’avoir compris que notre être profond est sans
pli ne fonctionne pas. D’où l’urgence et l’importance de creuser cette question
: « Qui suis-je ? »
« Qui suis-je ? » comporte trois dimensions :
• D’une part, ce que je suis « est ». Personne ne peut valablement dire : « Je
ne suis pas. » Il nierait ce qu’il affirme car pour pouvoir le dire il faut
qu’il soit. Donc notre nature est d’« être ».
• En deuxième lieu, je suis « cit », conscience, dans le sens expérimental. Je
suis conscient d’être conscient.
• En troisième lieu vient ānanda : joie débordante et sans limite quand la
sensation d’être un personnage enfermé dans un corps séparé a disparu.
Car le « Je » séparé ne sait pas ce qu’est la paix. Il cherche la joie à travers
le processus du désir.
Mais aucun objet séparé ne peut satisfaire un moi séparé puisque cet objet ne
peut donner le sentiment d’unité que recherche le moi séparé.
Le « Je » qui est conscient d’être conscient se joue le jeu de porter son
attention sur… Il s’identifie à ce sur quoi son attention se porte : pensée,
sensation, perception. Une seule possibilité pour découvrir que « Je » est
depuis l’origine et pour toute éternité stable, immobile et libre : l’expérience
vécue d’instant en instant.
Par l’expérience, on réalise que le « Je » est toujours conscient de quelque
chose, et ce qui surgit dans le champ de la conscience est immatériel. Par
l’expérience on réalise que la conscience d’être conscient est hors du temps et
de l’espace. La conscience, c’est toujours maintenant, donc l’éternité.
Et tout ce qui se passe est à zéro distance de « Je », de l’acte de conscience.
C’est la pensée qui formule l’espace et le temps (le souvenir passé et la
projection future).

François Lorin, formateur IFY
Synthèse de la conférence donnée à l’occasion des Rencontres nationales de 2015
à Saint-Raphaël